Montrez-moi votre carte d'idendité nationale !
(interpellation anonyme)
ESPOIR REPUBLICAIN ! VOLONTE DEMOCRATIQUE ?
Un ancien grand co-Président du Parti Radical, Jean-Pierre Prouteau, avait fondé un
club national « République et Démocratie » que j’ai eu l’honneur de présider à Paris.
En ce temps, pas si lointain, Jean-Pierre Prouteau et nous disions que la France était
certes une République mais pas encore une démocratie vivante et ouverte. Cela
expliquait l’enseigne du Club : « République et Démocratie ». C’était le temps de
Giscard d’Estaing puis de Mitterrand...
Qu’en est-il aujourd’hui, après les années socialistes puis d’ouverture puis
chiraquiennes et depuis deux ans l’ère sarkozienne ? La France a-t-elle amélioré sa
démocratie ?
A la veille du vote qualifié d’historique pour l’élection du Président du Parti Radical au
suffrage universel, la question mérite d’être posée, débattue et travaillée sans
relâche. L’exigence démocratique est un fondement irréductible du Parti Radical.
La colonne du positif républicain, depuis 1974, s’est remplie régulièrement au fil des
ans avec des interruptions parfois bien longues. Citons de mémoire ce qui semble le
plus exemplaire : la majorité à 18 ans, le regroupement familial, la création d’un
Ministère de l’environnement et du cadre de vie, la disparition de l’Ortf, l’avènement
du Médiateur de la République, l’abolition de la peine de mort, la libération des
ondes, la création d’une Haute autorité audiovisuelle, la mise en place de la Cnil, la
loi sur le financement des partis politiques, la création de la Halde, la loi sur le non-cumul
des mandats, ... une longue liste qui montre que notre pays a évolué dans le
bon sens. Quoique l’on puisse en dire !
La colonne du passif démocratique reste encore bien trop pleine. Il est aisé de citer
là encore des faits exemplaires.
La récente réforme de la Constitution n’a pas engagé le contrôle du Parlement sur
les actes du Président de la République. « Le fait du prince » demeure une sorte de
règle intangible.
Le leurre, pour ne pas dire l’illusion, de la démocratie participative a fait long feu ! Les
mots de concertation, accès aux sources, médiation,...sont utilisés comme
arguments mais non pas comme des réalités vécues au quotidien.
Les droits de l’homme sont mis à mal dans les prisons mais aussi dans certains
quartiers et certaines jungles. Comment notre pays, toujours prêt à donner des
leçons d’humanisme à tous les peuples de la terre, peut-il accepter que des droits
élémentaires inscrits dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen soient
bafoués?
La laïcité, ciment de l’unité nationale, fait l’objet d’attaques sournoises ou franches
mais toujours inacceptables. Sans prôner une « religion laïque » avec ses dogmes et
ses rituels, nous radicaux n’avons-nous pas à mener un combat démocratique ?
Nous ne pouvons que regretter le passage aux oubliettes des travaux de la
Commission Laïcité du Parti Radical qui a vécu le temps que vivent les fleurs...ou les
cerises !
Le droit de vote aux élections locales accordé aux résidents étrangers reste lettre
morte !
Et encore tant d’autres questions : le contrôle des élus, la limitation et la durée des
mandats électifs, l’urbanisme sans concertation, la place de la famille dans le
dispositif éducatif,...
Et vient maintenant un faux débat, agité pour des perspectives électorales et non pas
pour le mieux-être démocratique. « Identité nationale »... « Patrie » serait-il devenu
un gros mot ? Les mots ont un sens : Pays, Patrie, Nation. Nul besoin d’inventer un
nouveau terme. Quelles que soient leurs origines ethniques, sociales ou régionales,
tout citoyen français se reconnait dans le Pays, la Patrie et la Nation. Sur des valeurs
inscrites au fronton de toutes nos mairies et dans nos coeurs. Dans nos luttes et dans
nos utopies. Quand notre pays acceptera-t-il « l’autre » ? Parler français et portugais,
arabe, swahili ou russe n’a jamais empêché un français d’aimer son pays et de
respecter le gaulois Vercingétorix. Chanter la Marseillaise n’a jamais empêché de
danser au son du biniou, de faire la roda ou de chanter la poésie berbère. Fréquenter
l’école laïque n’a jamais empêché quiconque à pratiquer sa religion et
réciproquement. Le débat est donc ailleurs et nous le savons mais n’osons pas le
poser sur la table, l’affronter et le résoudre ensemble. Alors...parlons de l’identité
nationale ! Quitte à faire naître un débat biaisé par les arrières-pensées référentes de religion, à offrir une tribune
aux fanatiques du totalitarisme islamique, à ouvrir la porte au communautarisme et à finalement poser un problème de "nationalité" et non plus d'identité.
Alors me vient cette question "suis-je français" ?" que je ne me suis jamais vraiment posé sinon par émotion au son de la
Marseillaise ou de la sonnerie aux morts, par culture en lisant et écrivant le français ou encore par goût en dégustant piperade, potée auvergnate et autres fondues. Mais aussi en passant
tranquillement de la mosquée à l'église, du temple à la synagogue, du couscous au soudjoukh, du whiskey à la vodka...
Me voici, au crépuscule de ma vie, interrogé de façon péremptoire, quasiment violente, me voici entraîné à répondre à cette question subconsciente "suis-je français ?".
Mon beau-père, réfugié du génocide arménien, était-il français ? Lui qui avait acquis la nationalité française par naturalisation après la seconde guerre mondiale, en 1947 alors qu'il
vivait et travaillait en France depuis 1923 ? Ma femme, née, éduquée et salariée en France avait dû, pour se marier, demander un certificat de "bonne francitude" à Nantes (tiens tiens
le haut lieu du marché aux esclaves du 18ème siècle...). Et ma mère, descendante directe d'aristocrates hongrois et bretons, était-elle française ? Et mon père, auvergnat bon tein ? Et
mon oncle né d'un père polonais émigré, ce "tonton" devenu riche et personnalité en vue, était-il français ?
Quelle question ! Oui. Elles et ils étaient, sont et seront français. Pourquoi ? Par sentiment simple d'appartenance au cul de sac de l'Europe. A cette terre de refuge, d'invasion, de
liberté et de colère, de rire et de plaisir. A cette terre qui depuis plus de deux mille ans a construit sans cesse un pays. De Villon à Voltaire, d'Astérix à d'Ormesson, la France
s'est faite non pas sur une "Constitution" alors qu'elle a engendré la Constitution américaine avec Jefferson, Franklin, Washington et La Fayette. Non plus sur un étendard ni même sur une
monnaie. La France est une idée millénaire indéfinissable.
La France est un sentiment.
Notre pays ne se réduit pas à une identité car il est une façon d'être, de vivre, d'espérer, de construire et de mourir.
Cela peut apparaître sensiblerie niaise, patriotisme imbécile ou inconscience ridicule... et bien tant mieux ! Je préfère cette France de sentiments à une France devenue lourde de lois,
d'administration et de silences qui la rendent immobile, désagréable et morose.
Les immigrés d'aujourd'hui sont mieux traités que ceux d'hier. Certes mais ils souffrent de notre indifférence et de nos peurs. Les immigrés d'aujourd'hui peinent à entrer dans le moule français.
Certes ils n'ont pas encore compris qu'il n'y avait pas d'autres moules que le leur. Les immigrés éprouvent d'immenses difficultés à gravir les échelons sociaux. Certes car leurs difficultés sont
celles de tout français qui cherche à s'améliorer et à améliorer la société. Les immigrés critiquent le gouvernement. Certes c'est bien car cela signifie qu'ils sont plus occupés du
gouvernement français que du gouvernement algérien ou sénégalais. Les imméigrés revendiquent leur droit à être français et autre chose. Certes ils réagissent comme les auvergnats, polonais, grecs
ou marocains qui gardent leur fierté culturelle. Alors ? Quelle est la vraie question ?
Osons la poser : l'islam peut-il devenir français comme l'est devenu le judaïsme, le protestantisme ou le bouddhisme ? La charia doit-elle cohabiter avec la République
Française c'est-à-dire être une règle de vie en société au même titre que la règle républicaine ? La France et les français doivent-ils reconnaître l'islam comme droit religieux et
droit politique ?
Ces questions ne sont pas posées par peur, par hypocrisie,...une question sur l'identité nationale semble plus appropriée...il a suffi de suivre le "Ce soir ou jamais" de Taddei ce jeudi 5
novembre pour bien comprendre que c'étaient ces questions dont on débattait et de rien d'autre.
L'immense majorité des musulmans sont français et ne souhaitent pas vivre la charia mais être reconnus comme des citoyens à part entière. Si beaucoup, beaucoup trop, estiment qu'ils ne sont
pas "citoyens" mais "étrangers chez soi", la question à se poser est relativement simple "Comment mieux faire vivre la citoyenneté française dans les quartiers populaires, les banlieues et
les ghettos ignorés ?". La réponse est d'une extrême complexité. Il s'agit de mobiliser les français sur une notion qui leur est souvent étrange sinon étrangère : l'accueil. Mais aussi
l'éducation non seulement à la langue et au savoir mais à la culture, aux règles de vie en commun en France. La tâche est immense. Un débat de trois mois ne peut suffire à l'accomplir !
Et pourtant il en va de l'avenir de la France et de l'Europe.
Espérons, espérons, espérons. Et travaillons !